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Elle.
Elle marchait vers un horizon qui n'avait pour seule frontière que son imagination. Ses doigts fins caressaient les épis de blés agîtés au rythme langoureux du vent d'été. Le jaune qui s'étendait à perte de vue dévorait ses jambes. Elle semblait nager dans cet océan couleur d'or. Sur ses lèvres pourpres s'insinuait un timide sourire que le pétillant de son regard bleu intensifiait. Elle était légère, et tellement sereine. Elle n'accordait plus d'importance qu'à la berçeuse du vent et la majesté du paysage. Dans l'azur couraient des nuages couleur de lait, qui parfois enveloppaient le soleil de leur candeur. Elle était libre. Libre de courir, de rire, de tomber, de se relever, de réussir, de faillir, de vouloir, de pouvoir. Libre de rêver, et d'emprunter au Temps une minute qui n'appartiendrait qu'à elle. Un instant pour photographier dans sa mémoire les formes, les couleurs, les saveurs, les parfums et les textures de ce paradis où le jaune du blé et le bleu du ciel se mêlent dans l'infini. En fin de compte, elle était libre de vivre, tout simplement, l'espace d'un instant.